A propos de Ohm part1

 

Visuel1
 

Olivier Marguerit, alias O, c’est ce jeune (33 ans) multi-instrumentiste que vous avez déjà pu voir sur scène avec Syd Matters, Mina Tindle ou les Chicros. Guitares, basse, claviers, chant : ce diplômé de l’American School of Modern Music touche à tout avec talent et modestie, toujours un peu en retrait sur scène, mais décisif dans ses apports musicaux, harmonieux, précis et délicats.

Après une expérience de composition personnelle au sein du duo My Girlfriend Is Better Than Yours, grâce à laquelle il a appris à porter un projet musical de bout en bout (deux 45t et un mini album Foreplay), Olivier affirme enfin sa personnalité d’auteur-compositeur-interprète original, en solo et sous pseudo O, avec un premier mini- album de 5 titres, qui sortira en vinyle 33t exclusivement (car « Le meilleur moyen de faire exister la musique aujourd’hui, c’est de la rendre un peu rare. » selon Olivier).

Entre french-touch (Daft Punk, Tellier, Phoenix) et expérimentateurs pop (Robert Wyatt, Todd Rundgren, Sufjan Stevens), Ohm part1 (un hommage à Kraftwerk) révèle cinq titres où la mélodie est reine, mais qui n’hésitent pas à questionner le format couplet-refrain, tout en revendiquant une certaine « naïveté », que l’on entendra plutôt comme de la sincérité, de l’honnêteté, une vraie mise à nu. Cinq titres chantés en français et en anglais, et répartis sur deux faces comme celles d’une même médaille, traçant le portrait, circulaire et générique, de O, qui en parle mieux que quiconque : 

A1 – Not for me

« J’ai conçu ce disque comme un ensemble et c’est pour ça que je ne voulais pas qu’il paraisse sur internet, mais seulement en vinyle. Tous les morceaux se justifient par l’écoute successive. C’est pour cela qu’ils ont des durées très différentes. Il y a des morceaux longs, ou courts, avec des structures différentes, qui rythment mieux l’écoute que dans un disque de morceaux de trois minutes. Not for me par exemple, comporte un premier couplet où les accords se répètent le moins possible : je voulais que le morceau avance toujours comme ça, jusqu’au refrain. Un couplet un peu sinueux et compliqué qui débouche sur un refrain lumineux. De même, j’ai fait rentrer le pied de grosse caisse à la toute fin du morceau seulement. Daft Punk ou Air font très bien ce genre de choses, et m’ont clairement influencés ici. J’adore leurs accords de piano, leur production, le son de caisse claire par exemple.  Ils arrivent à faire des sons électroniques très contrôlés, qui ne tapent pas trop fort. C’est aussi une référence de son qui s’est exporté, et c’est de la musique de home studio, donc que tout le monde peut faire. La chanson parle de mes difficultés à exprimer ce que je pense. J’ai l’impression d’être plus honnête dans mes chansons, d’arriver à mieux exprimer ce constat de mes difficultés de communication.  Je ne sais pas écrire de façon un peu poétique, alors j’écris de manière assez naïve, peut-être pas très bien,  mais je ne sais faire que comme ça. J’assume ce côté naïf, peut-être un peu ridicule mais qui est pour moi ma manière d’aller à l’essentiel. »

A2 – Le Froid

« J’ai tendance à dissimuler ma voix. Je la mets toujours assez en retrait, filtrée par des effets, et je la double souvent. Là, le seul morceau sur lequel je ne l’ai pas doublée c’est  Le Froid : je voulais que ce soit simple, nu, haut-perché. C’est le moment où j’assume pleinement ma voix. La base pour moi a toujours été la mélodie. Et c’est hyper important que la mélodie de voix soit accompagnée par de beaux accords. Du coup je soigne les suites d’accords. Mais je ne voulais pas non plus faire un disque trop arrangé, avec des tas de mélodies superposées. Je ne voulais pas que trop de choses viennent perturber les mélodies de voix.  Il y a une mélodie forte par morceau.  Là, il n’y a pas de refrain, et je chante très haut sur de simples accords de piano, avec juste un solo au milieu. Le morceau est court, je me suis dit que ça laisserait les gens sur leur faim pour écouter la suite. On m’a dit que ça ressemblait à du Christophe, et c’est assez vrai, j’accueille ça comme un compliment. »

A3 – A Kiss

« C’est un morceau qui parle assez crûment de sexe. Comme à peu près tout le monde, je suis très intéressé par le sexe. Et je trouve qu’on en parle assez peu finalement. On vit une époque bizarre où on voit du sexe partout mais où personne n’en parle de façon honnête. Comme je voulais faire un disque hyper honnête et comme le sexe fait partie de ma psyché, je ne pouvais pas ne pas en parler. Je voulais donc un morceau sexy, groove, un peu black. Comme je n’avais qu’une boîte à rythme, et que ça sonnait un peu strict pour créer un groove, j’ai remplacé les charleys par des guitares. Ensuite, j’ai réécouté récemment French Kiss de Lil’Louis, et je me suis dit qu’il y avait plein de morceaux que j’adorais où on entendait une fille qui jouissait. Comme celui-ci était le morceau où je me livrais un peu, j’ai voulu aller jusqu’au bout de mes intentions, en ajoutant à la fin du morceau la voix d’une fille qui a un orgasme. Comme tout le monde, ça m’arrive de regarder des films pornos, et ce qui m’intéresse particulièrement, c’est d’être « touché » par la fille. Un jour je suis tombé sur cette scène porno, avec cette nana, très belle, et que je trouvais très touchante. J’ai donc intégré ses cris de jouissance au morceau, et ça marchait très bien, ça rentrait pile poil, avec une bonne dynamique. Ce qui est chouette, c’est qu’on découvre au fur et à mesure de la chanson que la fille est française. Au début on entend juste des « Ha ha » puis on entend des « Oui ! ».  Quand je l’ai fait écouter à des gens, ça suscitait un peu de ricanements, de la gêne, alors que moi elle m’émeut profondément. »

B1 – Mon Écho

« Sur ce disque je ne voulais plus faire des chansons classiques, mais  m’éloigner des structures couplets-refrains, et j’ai longtemps essayé d’écrire des chansons en forme de cercle : je partais d’une partie A vers une partie B, puis une partie C, et puis on revenait sur la partie A, etc. Je voulais faire un disque en forme de cercle puisque mon nom d’artiste allait être O, c’était cohérent. J’en ai enregistré plusieurs comme ça et il en est sorti ce morceau là, Mon Écho, qui parle de ma compagne Shanti et de la naissance de ma fille, Écho. Il est construit en miroir : les parties A et B sont construites harmoniquement de manières inversées. Je m’adresse d’abord à Shanti dans la partie A et B, puis il y a ce long passage instrumental qui essaie de reproduire musicalement un accouchement (j’ai même mis le son du cœur d’Écho enregistré à la maternité). Puis il y a un passage apaisé à la guitare douze cordes auquel j’ai essayé de donner un côté un peu indien, pour évoquer l’origine de Shanti et de ma fille. Puis  je m’adresse à Echo en basculant en miroir en reprenant d’abord la partie B, puis la partie A, inversées. Il y a une influence que je revendique clairement pour le passage central de ce morceau, c’est Todd Rundgren. Je ne connais pas toute sa discographie, mais je suis très fan de l’album A wizard, a true star et de la chanson Zen Archer. Elle contient un long solo central, complètement fou, avec des sons électroniques qui  reproduisent des sons de flèches, par-dessus un solo de saxophone. J’adore ce disque, très libre dans ses formats, complètement éclaté, avec des medleys, des morceaux pop, rock, ou funk. J’ai toujours voulu faire un disque comme ça, très libre, qui trouve son unité grâce à la production et à la voix, plutôt qu’à la permanence d’un genre musical précis.  »

B2 – Le Temps

« C’est une chanson complètement à part,  que j’ai enregistrée bien avant les quatre autres. En ce moment, j’aime bien la musique un peu minimale, Brian Eno et consorts, et je voulais une plage un peu comme ça, nature. C’est un morceau simple, qui ne donne pas de nouvelles informations, mais qui peut donner envie de réécouter le disque, ou qui ouvre sur autre chose, le prochain disque peut-être. »

Propos recueillis par Wilfried Paris

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